Tatouage et douleur
les secrets pour mieux la supporter et en faire une expérience positive
«Est-ce que ça fait mal?»
C’est LA question que tout tatoueur entend des dizaines de fois. Et la réponse… n’est pas si simple !
La douleur d’un tatouage dépend de nombreux facteurs : physiologiques, psychologiques, et même du design ou de la zone choisie.
Dans cet article, je partage avec vous mes années d’expérience en tatouage et comme tatouée, des conseils pratiques pour mieux vivre votre séance, et les astuces pour transformer l’inconfort en une expérience positive.
Ce qui se passe sous la peau
Avec ma machine et la fameuse aiguille, qui est en réalité un faisceau composé de plusieurs petites aiguilles, je mets l’encre dans le derme de la peau. C’est une partie irrégulière, coincée entre l’épiderme et l’hypoderme. Les vaisseaux et nerfs de la peau se situent dans l’hypoderme donc, théoriquement, avec une précision digne d’un chirurgien, le tatouage ne devrait pas être douloureux.
Mais voilà : ces zones de la peau sont irrégulières et la douleur provient du fait que l’aiguille touche par « accident » l’hypoderme.
Il y a aussi l’autre douleur, provoquée lorsqu’on passe au travers l’épiderme avec les aiguilles. Sur le coup, pendant les premières minutes, c’est surtout la nouveauté de la sensation qui fait que le cerveau doit s’habituer.
Astuce tatoueur : Les premières 15 minutes sont souvent les plus étranges, le temps que votre cerveau s’habitue et libère des endorphines, vos antidouleurs naturels.
Par contre, après un certain temps, variable pour chaque personne, situation et endroit du tattoo, la peau fait une inflammation pour se protéger, ce qui cause la sensation de brûlure.
Est-ce que ça fait toujours mal ?
Un tatouage fait donc toujours mal, MAIS :
La douleur, même intense, est objectivement supportable, c’est la durée du tatouage qui peut rendre les choses compliquées.
Parfois cela peut même être presque agréable.
Parfois certain(e)s s’endorment.
Et parfois c’est à la limite du supportable.
Ce qui influence La douleur d’un tatouage
Chaque personne est différente et chaque zone du corps est différente.
De plus, plusieurs facteurs entrent en jeu :
- l’état de santé
- L’aspect physique
- La zone tatoué
- Et surtout, L’aspect mental
L’état général de santé de la personne
Le tatouage va créer une réaction d’inflammation cutanée qui est normale.
Cependant, si pour une quelconque raison votre corps ou la zone de votre corps à tatouer est déjà en état inflammatoire, la perception de la douleur sera accrue.
Si votre colonne vertébrale présente:
- des zones de faiblesses
- des pathologies (tassements, hernies…)
- si votre dos est rempli de tensions musculo-squelettiques
… vous aurez une sensibilité accrue à la douleur du tatouage.
De même, si une épaule souffre de douleurs articulaires, le tatouage sur cette épaule sera probablement difficile à supporter.
Parfois, c’est même la position statique pour faire le tattoo qui cause de la douleur.
L’aspect physique
Le tatouage est un mélange de sensations : écorchure, éraflure, légère brûlure.
Votre corps sait y répondre grâce aux endorphines, ces molécules proches de la morphine qui calment la douleur et procurent parfois un état de bien-être.
Préparez-vous avant votre séance :
- Bien dormir la veille
- Manger équilibré et s’hydrater
- Éviter les séances pendant la période menstruelle
Notre corps a tout prévu pour nous aider à traverser les épreuves douloureuses, en sécrétant des endorphines lorsque nous en avons besoin et sur les zones qui en ont besoin.
Les endorphines sont des molécules pareilles à de la morphine, mais d’origine endogène, c’est-à-dire sécrétées par notre propre corps pour nous anesthésier. Notre corps sait les fabriquer lorsque nous nous blessons ou lorsque nous faisons des efforts pénibles (comme des séances intensives de sport). Elles nous aident à traverser l’épreuve avec plus de facilité. Elles ont également un effet euphorisant.
C’est ainsi que :
- Les 15 premières minutes d’une séance de tatouage peuvent paraître plus ou moins douloureuses,
- Après cette phase d’adaptation, et pendant un temps plus ou moins long selon votre condition physique et mentale, le tatouage peut même devenir agréable
- Si la séance dure au-delà de nos capacités à produire ces endorphines, la douleur redevient présente.
Les zones les plus douloureuses… et celles qui le sont moins
- Plus douloureuses : côtes, flancs, mains, pieds, visage, colonne vertébrale, sternum.. Les zones généralement protégées et les zones avec beaucoup de terminaisons nerveuses.
- Moins douloureuses : bras, épaules, cuisses (zones habituées aux chocs). Les zones “habituées” aux choc
- Attention aux os : tibia, genou, coudes, doigts… la peau fine et les os proches intensifient les sensations. Les zones où la peau est mince, font plus mal si le tattoo n’est pas fait avec délicatesse (comme les tattoo old school avec grosse ligne profonde et une remplissage opaque)
Faut-il utiliser un anesthésiant pour se faire tatouer ?
En général, je ne le recommande pas :
- Peut altérer la tenue de l’encre
- Le soulagement est temporaire
- Risque de réaction allergique
Si la douleur devient vraiment trop forte, j’utilise parfois un spray spécifique en fin de session pour boucler une étape importante d’un projet.
Demandez à votre tatoueur ses meilleures options si lors d’une séance vous vous sentez moins tolérant(e).
Astuce tatoueur:
Pour une meilleure guérison, vaut mieux s’arrêter lorsque le client arrive à sa limite d’endurance. Le corps du tatoué est une création merveilleuse qui prend tous les moyens pour s’exprimer lorsqu’il n’a plus de ressource pour aller plus loin. Il faut l’écouter.
La clé : gérer la douleur sur le long terme grâce au mental
La douleur d’un tatouage n’est pas qu’une affaire de nerfs et de peau.
Votre mental joue un rôle déterminant.
Certaines personnes peuvent tenir 8 heures, d’autres peinent après 60 minutes. Pourquoi ?
Parce que la tolérance à la douleur se construit avec l’expérience :
- Une femme qui a accouché possède souvent un seuil de tolérance plus élevé.
- Un sportif habitué aux entraînements extrêmes sait endurer l’effort dans la durée.
- Un marathonien comprend comment avancer malgré la douleur répétitive.
Mes techniques préférées pour allonger votre endurance pendant un tatouage :
- Respiration consciente : focaliser sur une respiration lente et profonde, pour détendre le corps et oxygéner l’esprit.
- Calme intérieur : se concentrer sur un souvenir agréable, une musique, ou la signification du tatouage.
- Sophrologie et auto-hypnose : se « déconnecter » de la douleur en redirigeant son attention.
- Conditionnement positif : se rappeler que la douleur fait partie de l’expérience et de la création de l’œuvre.
Astuce tatoueur : La peur de la douleur est souvent pire que la douleur elle-même. En la remplaçant par une motivation claire (le résultat final, l’histoire derrière votre tatouage, le processus artistique), votre corps suit l’élan de votre esprit…
… ceci permet de transformer son ressenti de manière positive.
Le pouvoir du mental sur la douleur
De nombreuses personnes stressent avant leur séance, même si elles sont impatientes ou heureuses que le jour J soit enfin arrivé. Il est normal d’avoir une forme d’appréhension et de stresser un peu, et même lorsqu’on s’est déjà fait souvent tatouer cela peut arriver.
L’aspect mental est ici d’une grande importance. Il convient de toujours positiver, de ne pas se répéter sans cesse que « cela va faire mal » car ce type de pensées sont de véritables injonctions pour notre subconscient.
Il est préférable de travailler ses pensées intérieures, se créer une ambiance mentale motivante, agréable, forte, reposante… ce n’est pas un sprint !
Imaginez-vous être un marathonien qui a un long parcours à faire avant d’arriver à la ligne d’arrivée. Comment croyez-vous qu’il arrive à parcourir les 52 km avec la forte chaleur du soleil sur ses muscles endoloris, sa soif, la douleur répétitive de ses pieds qui frappent le béton…?
J’ajouterais qu’il y a dans le processus du tatouage une part initiatique de confrontation avec nous-mêmes et avec notre douleur et notre nature humaine. Il faut reconnaître que se faire tatouer inclut aussi l’acceptation de vivre cette expérience en embrassant la douleur qui l’accompagne. Cela fait partie intégrante du processus !
Notre monde moderne gorgé de confort et de facilité nous a fait oublier cette dimension de difficulté et d’endurance qu’il est nécessaire d’apprivoiser dans la vie. L’art ancestral du tatouage nous permet de retrouver ce chemin de connaissance et de maîtrise de soi.
Mon rôle en tant que tatoueuse
Mon objectif ? Vous accompagner pour que votre séance soit la plus confortable possible, avec des gestes doux, un dialogue ouvert, et des pauses si nécessaire.
La douleur fait partie du processus, mais elle n’est pas là pour gâcher l’expérience : elle participe à ce moment unique où votre peau devient une œuvre d’art.
Prêt(e) à franchir le pas ?
Parlez-moi de votre projet et posons ensemble les bases d’un tatouage qui vous ressemble.
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Karine Steinblume